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Association Paris-Québec

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Régionale Parisienne de France-Québec.


Louis de Buade, Comte de Frontenac et de Palluau (1622-1698)

Publié par Paris-Québec sur 9 Avril 2020, 13:08pm

Cher-e-ami-e-s !
En ces temps de confinement, nous vous proposons une lecture !

 

Louis de Buade, comte de Frontenac et de palluau (1622-1698) 
à travers sa correspondance en Nouvelle-France

 

Par Nicolas Prévost,

Professeur d’histoire-géographie au Collège Louis Lumière de Marly-le-Roi,

Chargé de cours en histoire moderne à l’Université d’Évry-Val-d’Essonne,

Responsable du service éducatif des Archives départementales du Val-d’Oise,

Président de l’Association Frontenac-Amériques

www.frontenac-ameriques.org

 

Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau, est né à Saint-Germain-en-Laye le 12 mai 1622 d’une famille très proche du pouvoir royal. La première « trace écrite » de son existence est bien sûr son acte de baptême, qui se trouve aux archives municipales de Saint-Germain-en-Laye, et qui nous apprend que son parrain est le roi Louis XIII. La cérémonie de baptême a lieu le 30 juillet 1623 dans la chapelle royale du château de Saint-Germain-en-Laye.

 

Frontenac participe tout jeune à de nombreuses guerres en Europe, notamment la guerre de Trente Ans (1618-1648), puis en octobre 1648, il épouse en l’église Saint-Pierre-aux-Bœufs à Paris Anne de la Grange-Trianon (1632-1707), avec laquelle il a un unique enfant, François-Louis.

 

Les années suivantes, Frontenac et son épouse vivent à la cour. Endetté et donc poursuivi par ses créanciers, Frontenac accepte des charges militaires, mais son bouillant caractère incite le roi Louis XIV à lui proposer la charge de gouverneur de la Nouvelle-France. À bord du bateau qui l’amène en Nouvelle-France, Frontenac écrit le 22 juillet 1672 qu’il a hâte « d’être dans un pays où [il a] bien l’impatience d’être arrivé. »

 

De façon thématique, voyons comme la correspondance de Frontenac nous laisse entrevoir quelques aspects de son gouvernement.

 

Frontenac et son « pays de Nouvelle-France »

La ville de Québec et la société québécoise

Pour Frontenac, le site de la ville de Québec est incontestablement un des plus beaux endroits du monde. Dans une lettre de 1672, il écrit à Colbert : « Rien ne m’a paru si beau et si magnifique que la situation de la ville de Québec, qui ne pourrait pas être mieux postée, quand elle devrait devenir un jour la capitale d’un grand empire. » Il se montre donc très exigeant sur l’urbanisme et l’architecture. Ainsi, dans la même lettre, il s’inquiète qu’on ait laissé « bâtir les maisons à la fantaisie des particuliers et sans aucun ordre ». Il souhaite revoir l’enceinte de la ville et indiquer le tracé de nouvelles rues, pour anticiper le développement, selon lui logique, de la capitale de la Nouvelle-France.

Le gouverneur Frontenac veut d’ailleurs récréer dans cette « France d’Amérique du Nord » une atmosphère française. Dans une lettre à Colbert en 1672, il écrit : « Je tâchai donc à donner une forme à ce qui n’en avait point encore eu et de composer une espèce de corps de clergé, de noblesse, de justice et de Tiers-État. Pour la noblesse, je pris trois ou quatre gentilshommes qui sont ici [ainsi que des bourgeois de Québec] et j’essayai de leur insinuer les sentiments d’obéissance et de fidélité qu’ils devaient au roi. »

 

Les relations avec les Amérindiens

Très vite, Frontenac a des relations fortes avec les Amérindiens et oscille entre paternalisme et bienveillance avec eux, ce qui confirme l’idée que de tous les peuples européens, ce sont assurément les Français qui ont eu les meilleures relations avec les peuples autochtones, comme de nombreux historiens l’ont fait remarquer par la suite. Samuel de Champlain lui-même avait encouragé le métissage. Frontenac évoque souvent les Indiens dans ses lettres. Ainsi, en 1672, dans la lettre à Colbert, il déplore que les Jésuites n’aient pas été assez compétents pour leur enseigner la langue française : « Je leur ai fort témoigné de l’étonnement où j’étais de voir que de tous les Sauvages qui sont avec eux à Notre-Dame de Foy, qui n’est qu’à un lieu et demie de Québec, il n’y en avait pas un qui parlât français. […] Je leur ai dit que dans leurs missions, ils devaient songer en rendant les Sauvages sujets de Jésus-Christ, de les rendre aussi sujets du roi. » On le voit, pour Frontenac, les Indiens sont bien évidemment des sujets à part entière, et on ne trouve pas dans ses écrits le mépris que l’on rencontre parfois chez d’autres personnalités, anglaises notamment.

Ainsi, Frontenac fait aussi participer les Indiens à la vie publique. Par exemple, dans la même lettre à Colbert, il indique que lors de la cérémonie de serment des nouveaux nobles, « plusieurs Hurons se trouvèrent à cette cérémonie et en furent si touchés que le lendemain ils me demandèrent à prêter le même serment, ce que je leur accordai. »

Frontenac et le Conseil souverain de la Nouvelle-France

Frontenac est surtout réputé pour ses colères et ses querelles avec toutes les instances dirigeantes de la Nouvelle-France. Depuis la réforme de 1663, la Nouvelle-France est gérée comme une province française. Le Conseil souverain, qui est l’équivalent des parlements en métropole, c’est-à-dire une cour d’appel devant également enregistrer les édits royaux, est composé du gouverneur général, de l’intendant, de l’évêque et de représentants du peuple. Le roi et son secrétaire d’État à la Marine sont représentés par le gouverneur général pour les questions militaires et par l’intendant pour les questions de justice.

Frontenac a vite des relations difficiles avec les membres du conseil souverain. Pourtant, sa première lettre en 1672 augure de bonnes résolutions, où il écrit : « Après vous avoir remercié de toutes les civilités que j’ai reçues de votre compagnie depuis que je suis en ce pays et vous avoir témoigné la joie que je ressens d’être avec vous. » Et, après avoir indiqué les souhaits du roi, il ajoute : « Pour moi, j’essaierai de vous en donner l’exemple en ne faisant aucune acception de personne, en protégeant le pauvre et le faible contre ceux qui les voudraient opprimer et en cherchant avec soin les moyens de procurer l’avantage et la satisfaction des personnes que je verrai être bien intentionnées pour le bien du pays et pour le service de Sa Majesté. » Mais les relations les plus difficiles ont lieu avec l’Église, à tel point qu’en 1680, Louis XIV lui-même lui fait remarquer : « L’évêque et ses ecclésiastiques, les Pères jésuites et le Conseil souverain, en un mot tous les corps et les particuliers, se plaignent. »

 

Frontenac et l’Église catholique

 

L’action des Jésuites

À l’évidence, Frontenac n’est pas un catholique discipliné, tout du moins avec la hiérarchie. Et surtout, il ne s’entend pas du tout avec les Jésuites. Il écrit notamment à Colbert : « Pour vous parler franchement, les Jésuites songent autant à la conversion du castor qu’à celle des âmes, car la plupart de leurs missions sont de pures moqueries. »

Souvent, Frontenac se brouille aussi avec les autorités ecclésiastiques. Ainsi, à Pâques 1674, l’Abbé de Fénelon dénonce à Montréal « les corvées que Frontenac impose aux Canadiens pour ses intérêts personnels. » Apprenant cela, Frontenac écrit à Colbert le 16 novembre 1674 pour se justifier. Il informe Colbert « qu’il fait repasser […] en France l’Abbé de Fénelon afin que vous jugiez de [sa] conduite. Pour moi, je soumets la mienne à tout ce qu’il plaira à Sa Majesté de m’imposer, et si j’ai manqué, je suis prêt à subir toutes les corrections qu’il lui plaira m’ordonner. » Il ajoute qu’il y va « de l’intérêt du roi pour ne pas laisser de pareilles désobéissances impunies dans un pays où ce mauvais exemple serait suivi de beaucoup d’autres. » Et il indique que, par rapport à lui, les « Jésuites sont plus habiles et couvrent mieux leur jeu. »

Les justifications sur la conduite vis-à-vis de l’Église

Dans un lettre à Pontchartrain datée du 20 octobre 1691, Frontenac se défend d’attaques récurrentes sur sa conduite en dénonçant « la cabale qui se renouvelle contre moi […] : si on trouve à propos que je laisse faire aux ecclésiastiques ce qu’ils voudront, je serai déchargé d’une infinité de soins et de ménagements dans lesquels je ne puis avoir d’intérêt que celui de l’avantage de la colonie, du commerce du royaume et du repos des sujets du roi, dont je porte seul le fardeau, la jalousie de diverses personnes et enfin de l’iniquité des ecclésiastiques qui commencent à traiter d’impies ceux qui sont obligés de résister à leurs passions et à leurs intérêts. »

Par la suite, ses relations avec le clergé ne s’arrangent pas. Et il croit bon d’en rajouter en s’exprimant ainsi : « Mais comme [les clercs] sont persuadés que le Saint-Esprit leur inspire tout ce qu’ils pensent, ils croiraient résister à ses lumières s’ils croyaient les conseils qu’on veut leur donner. »

 

Les controverses du Tartuffe et de Mareuil

Dans ce contexte, un nouveau motif de querelle a lieu entre le gouverneur et l’Église catholique en 1694. Frontenac a l’idée de représenter le Tartuffe de Molière au château Saint-Louis de Québec. À Paris, cette pièce, qui tourne les bigots et faux dévots en dérision, avait déjà été interdite par le clergé, et ce dès les premières représentations. Le nouvel évêque de Québec, Monseigneur de Saint-Vallier, oblige alors Frontenac à arrêter les répétitions avant même que quiconque ne puisse assister à la pièce.

Cette controverse alimente encore la verve de Frontenac contre l’évêque, dont l’attitude ne lui plaît pas du tout. Dans une lettre à Pontchartrain du 25 octobre 1694, il rappelle que « Monsieur notre évêque ne s’est pas contenté de s’être fait des affaires avec le Séminaire de Québec et les officiers des troupes, par le refus d’absolution sur la paie des soldats, […] mais que, par un zèle un peu trop véhément, il en a suscité depuis à divers particuliers par des fulminations et des mandements qu’il a fait publier contre eux, qui les privaient des sacrements et leur interdisaient l’entrée de l’église et dans lesquels il a compris des personnes des familles les plus considérables du pays, sans épargner même monsieur le Chevalier de Callières et, en dernier lieu, les pauvres Pères Récollets, auxquels il a fait fermer et interdire leur église de Montréal. » L’année 1694 n’est pas achevée que le Conseil souverain prend connaissance de la cause du lieutenant de Mareuil, accusé de blasphème : Frontenac prend activement sa défense et l’expédie secrètement en France. Il évoque cette affaire dans une lettre à Jean-Baptiste de Lagny, intendant général du commerce, le 2 novembre 1695, où il indique être « victime de gens dont le crédit et les intrigues sont redoutables. »

Il faut savoir toutefois que, un peu avant de mourir en novembre 1698, Frontenac fait la paix avec l’Intendant et avec l’Évêque, et il meurt avec tous les sacrements.

 

Frontenac et les relations avec les pays étrangers

 

L’échec de l’attaque anglaise sur Québec en 1690

La bataille de Québec contre Phipps en 1690 fait la renommée de Frontenac. Le gouverneur organise la défense et la résistance, ce qui le fera passer à la postérité avec la célèbre phrase « Je ne connais pas le roi Guillaume, usurpateur qui a violé les droits les plus sacrés du sang en voulant détrôner Jacques II, son beau-père ; quant à votre général, qu'il sache que je n'ai point de réponse à lui faire que par la bouche de mes canons et à coups de fusils ; qu'il apprenne que ce n'est pas de la sorte qu'on traite un homme tel que moi et, quand bien même je voudrais me rendre, tous ces braves officiers que vous voyez n'y consentiraient jamais. » Ainsi, Québec résiste et Phipps quitte définitivement la Nouvelle-France.

Cet épisode qui a fait la gloire de Frontenac, est évoqué dans sa lettre au ministre Pontchartrain, datée du 12 novembre 1690. Il faut savoir que ce ministre, de son nom complet Louis Phélypeaux de Pontchartrain, était cousin de Frontenac (la mère de Frontenac se nomme Anne Phélypeaux et c’est le fils qu’elle a eue avec Antoine de Buade qui a vendu le château à la famille Phélypeaux). Frontenac indique dans cette lettre tous les détails de cette victorieuse opération. Il fait entre autres remarquer au secrétaire d’État à la marine « le zèle et la bravoure avec laquelle toutes les milices des côtes de l’Île d’Orléans, Lauzon et principalement celles de Beauport et de Beaupré se sont comportées dans toutes les actions qui se sont passées. » Il ajoute que « quantité d’officiers s’y sont aussi fort distingués. »

 

Les projets d’attaque sur New York et Boston

Dans la lettre du 30 avril 1690 à Seignelay, juste avant l’attaque de Phipps, Frontenac établit des recommandations qui pourraient aujourd’hui nous laisser bien songeurs : « Cependant, je crus qu’il serait bon d’occuper de telle manière les Anglais chez eux, qu’ils le fussent plus du soin de se défendre que de celui de nous venir attaquer avec les Iroquois par plusieurs endroits, comme ils se vantaient de le faire et que nous avions avis qu’ils en sollicitent ces derniers. » Dans la lettre du 12 novembre 1690 à Pontchartrain, où il relate l’attaque de Phipps sur Québec, il écrit : « Maintenant, Monseigneur, que le Roi a triomphé de ses ennemis, et par mer et par terre, et qu’il est le maître de la mer, croirait-il mal employer quelques une de ses escadres de vaisseaux à punir l’insolence de ces véritables et vieux parlementaires de Boston, de les foudroyer aussi bien que ceux de Manath dans leur tanière et de se rendre maître de ces deux villes, qui mettraient en sûreté toutes ces côtes et les pêches du Grand Banc, dont la conversation n’est pas d’une petite importance ni d’une médiocre utilité ? Ce serait aussi le véritable et peut-être l’unique moyen de finir les guerres du Canada, puisqu’après cela on pourrait sans peine soumettre entièrement l’Iroquoisie, et allant à la source du mal en couper tout à fait la racine. » Imaginons qu’au lieu de parler de la prise de Québec, nous ayons assisté à la prise de New York ou de Boston, quelle affaire ! Mais c’était sans compter avec le peu d’investissement, bien connu maintenant, que le pouvoir royal et les élites françaises montraient pour le développement de la Nouvelle-France.

Frontenac ne se décourage toutefois pas et remet cela dans une lettre à Pontchartrain datée du 20 octobre 1691 : « Ce serait inutilement que je vous répéterais toutes les raisons que j’ai marquées les dépêches de feu M. le marquis de Seignelay, qui doivent faire regarder la prise de Manath et de la Nouvelle-York comme le moyen le plus assuré de finir cette guerre et de réduire entièrement l’Iroquois. » Frontenac admet toutefois que cette attaque n’est pour l’instant pas possible pour le Canada, étant donné « l’éloignement des lieux, la difficulté des communications… », et indique que finalement, la seule attaque raisonnable serait celle sur Orange (Albany), mais « pour laquelle il faudrait encore avoir et du temps et des forces autres que nous n’avons. » Frontenac propose aussi « d’envoyer d’autres vaisseaux devant Boston » pour effrayer les habitants, et faciliter la prise de Manath qui, selon Frontenac, « est nécessaire pour la sûreté de ce pays. » Il songe aussi à « établir solidement le poste de Port-Royal. » Il met en place un véritable plan de bataille, tout en se rendant compte que l’Europe est loin et que le roi n’est peut-être pas convaincu du bien-fondé de l’énergie à investir pour assurer la sécurité éternelle de la Nouvelle-France.

Pourtant, Frontenac renouvelle encore une fois son appel dans une lettre à Pontchartrain le 15 octobre 1697 : « Je prendrai encore la liberté de vous dire que la prise de Manath serait beaucoup plus utile pour la sûreté de cette colonie et la délivrer des Iroquois, que celle de Boston, et que la première serait beaucoup plus aisée à exécuter par les seuls vaisseaux de Sa Majesté et les troupes qu’on en pourrait débarquer, pendant que celles du Canada, pour faire diversion, attaqueraient Orange, qui est à leur portée. »

Les Anglais et les Indiens

Frontenac sait bien que les Anglais utilisent certaines tribus indiennes pour attaquer la Nouvelle-France. Par exemple, le massacre de Lachine en 1689 le marque profondément : dans la nuit du 4 au 5 août 1689, pendant un violent orage, 1.500 Iroquois débarquent sur l’île de Montréal près du village de Lachine. Au matin, le village est complètement rasé, les habitants massacrés sur place avec une violence inouïe ou faits prisonniers pour être à la suite soumis aux pires tortures. Frontenac évoque largement ce massacre dans sa lettre à Seignelay du 15 novembre 1689 : « Il serait difficile de vous représenter, Monseigneur, la consternation générale que je trouvai parmi tous les peuples et l’abattement qui était dans la troupe, les premiers n’étaient pas encore revenus de la frayeur qu’ils avaient eue, de voir à leurs portes brûler toutes les granges et maisons qui étaient en plus de trois lieues de pays dans le canton qu’on appelle Lachine et enlever plus de cent vingt personnes tant hommes que femmes et enfants, après en avoir massacré plus de deux cents dont ils avaient cassé la tête aux uns, brûlé, rôti et mangé les autres, ouvert le ventre des femmes grosses pour en arracher les enfants. »

Dans la lettre à Louis XIV, en date du 25 octobre 1696, Frontenac rappelle sa politique de fermeté à l’égard des Iroquois et fait part au roi de ses succès, en rappelant le rôle des Anglais. Ainsi, il écrit que les Iroquois n’hésiteraient pas à « mettre promptement ensemble toutes leurs nations et d’appeler même les Anglais à leur secours. » Pour Frontenac, un traité sérieux avec les Indiens est nécessaire, en particulier avec les Onontagués, la principale nation iroquoise, car sinon, ils pourraient « introduire l’Anglais dans leur pays, ce qui entraînerait immanquablement la ruine entière de la colonie qui ne peut subsister que par le commerce qu’elle fait avec les nations sauvages d’En Haut. » Dans la lettre à Pontchartrain du 25 octobre 1696, il indique à nouveau clairement que « si les Outaouais et les Hurons concluent la paix aux Iroquois sans notre participation et donnent chez eux l’entrée à l’Anglais pour la commerce, la colonie est ruinée, puisque c’est le seul par lequel ce pays-ci puisse subsister, et l’on peut assurer que, si les Sauvages goûtent une fois du commerce de l’Anglais, ils rompront pour toujours avec les Français, parce qu’ils ne peuvent donner les marchandises qu’à un prix beaucoup plus haut. »

En tout état de cause, Frontenac est très inquiet des conséquences des guerres sur la colonie. Ainsi, dans sa lettre à Pontchartrain du 20 octobre 1691, il déplore « que le nombre d’habitants a beaucoup diminué par la quantité qu’on en a perdue par la guerre, les maladies et les misères que la famine leur a fait souffrir, et qu’ainsi on ne saurait plus tirer d’eux les renforts qu’on faisait autrefois. »

 

Conclusion

 

La remarque générale que l’on fera sur ses lettres est que Frontenac écrit bien. Agréablement, dirait-on. On y trouve l’élégance de la langue française du « Grand Siècle », avec des belles phrases amples, bien construites. Tout ceci montre un homme cultivé, instruit, qui avait fréquenté assidûment la cour et qui souhaitait aussi constamment justifier avec éloquence ses actions.

La correspondance de Frontenac est une source exceptionnelle sur l’histoire de la Nouvelle-France. L’image qu’elle nous en donne est d’ailleurs bien loin de la vision pessimiste que l’on en a parfois, avec l’idée reçue que la « conquête anglaise » de 1759 était inéluctable. Au contraire, les écrits de Frontenac nous montrent une Nouvelle-France fière, dynamique et en expansion.

 

Sources

 

La correspondance de Frontenac est essentiellement conservée aux Archives nationales d’outre-mer (ANOM) à Aix-en-Provence, notamment dans la sous-série C11A (Canada, correspondance reçue et envoyée des intendants, gouverneurs et autres).

De nombreuses lettres écrites par Frontenac ont aussi été transcrites et publiées dans le Rapport de l’archiviste de la Province de Québec, par Pierre Georges Roy, de 1926 à 1929.

 

Nicolas Prévost

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